« Groupe sanguin « rare », je me sens comme un devoir supplémentaire », le témoignage de Marion.
Très tôt j’ai voulu donner mon sang. Pourtant personne ne le faisait autour de moi aussi n’ai-je pas trop d’idée sur ce qui m’y a poussée. J’aime croire que c’est mon esprit profondément altruiste, généreux, serviable et modeste.
Toujours est-il que j’ai attendu avec impatience ma majorité pour enfin pouvoir m’y rendre pour la première fois, en 2008 donc.
L’expérience, si mes souvenirs sont bons, ne fut ni particulièrement agréable (attente interminable et seringue dans le bras) ni désagréable (j’avais le temps et la motivation). J’ai tiqué cependant en lisant les clauses restrictives. Relation entre hommes ? Quoi, l’homosexualité se transmet par le sang maintenant ? Ils vont m’interroger sur mes pratiques jusqu’à quel point ?! En ayant une sainte horreur de parler de moi à des inconnus, la perspective de « devoir » raconter ma vie intime à un médecin entre deux rideaux au bout de deux minutes me hérissait (me hérisse toujours un peu d’ailleurs).
Etant une fille j’ai été épargnée de la question, et de l’exclusion fatidique. Je ne sais pas comment je l’aurais vécu. Très certainement avec une frustration, une vexation et une rage intenses.
Je donne dès que je peux, et je me suis rendue aujourd’hui à mon premier don de plasma ; groupe sanguin « rare » je me sens comme un devoir supplémentaire tant que j’en ai la possibilité. C’est plutôt rigolo, quoiqu’un peu long, la bonne place pour finir une grille de sudoku particulièrement ardue.
Je ne peux m’empêcher de penser à mes amis homos qui ne peuvent pas en faire autant. Pas plus tard qu’hier j’en parlais avec l’un d’eux … qui n’était même pas au courant de l’interdiction qui le touche alors qu’il émettait le souhait de se rendre à une collecte.
Je donne mon sang depuis quatre ans, j’ai donc du faire une dizaine de dons. Selon l’EFS il faut cinq dons pour sauver une vie. Peut-on considérer que j’ai sauvé deux personnes, ou bien dix ? Ou bien des dizaines, si on considère les proches de chacune des personnes qui ont eu besoin un jour dans leur vie d’une transfusion ? J’espère vraiment que très prochainement, l’Etat cessera de priver toutes ces personnes d’un « gay-sang » tout aussi salvateur que les autres.
P.S : Pour ceux qui le veulent et le peuvent, n’oubliez pas de vous inscrire sur les registres de don de moelle osseuse, ça ne coûte qu’une prise de sang !









